BRIK

On en parle avec Antoine Bazantay, Jean Le Peltier, Justine Masseaux et Sonia Rouabhi

exposition | musique

Il existe des métropoles comme Paris, Tokyo, Berlin qui portent dans leur sillon une constellation de légendes. Et d’autres villes satellitaires sans brillance, sans sex-appeal, dont on ne parle jamais, qu’on n’envisage en aucun cas comme destination de vacances. Pourtant ces cités regorgent aussi d’histoires. C’est sur ces villes discrètes, et en particulier la ville de Wuppertal en Allemagne, que Jean Le Peltier, Antoine Bazantay, Justine Masseaux et Sonia Rouabhi se sont penchés. À l’issue d’une approche qu’ils qualifient de sociologie du sensible, ils proposent au BRASS un événement intitulé BRIK.

Stickers

BRIK est une référence au matériau, mais c’est surtout à ce qui se trame derrière les murs que les auteurs du projet ont voulu s’attacher. Ici, il s’agit de dépasser l’urbanisme et l’architecture pour envisager la ville par le prisme des récits humains. “On a préparé des cartes et des questionnaires, explique Jean. On posait des questions aux habitants de Wuppertal sur le lieu où ils vivent, sous l’angle des sensations. On leur a demandé de coller sur la carte de la ville des stickers avec des sentiments : conflit, déception, surprise… On les a filmés, à chaque fois qu’ils collaient une étiquette, pour qu’ils racontent l’histoire liée à ce sentiment.”

Espèces d’espaces

Sur l’observation mi-scientifique, mi-poétique, Antoine se réfère au roman de Georges Perec « Tentative d’épuisement d’un lieu parisien » paru en 1975. Assis à une terrasse de café, Perec consigne pendant trois jours tout ce qui s’y passe, à savoir une suite de non-événements qui au fur et à mesure font sens.

Bons baisers d’une ville discrète

Jean souligne que c’est aussi notre rapport au tourisme qu’ils interrogent à travers BRIK : “Est-ce que tu pars en vacances à New York parce que tu sais que cette métropole a un poids légendaire important ? Parce que ce sera plus intéressant à raconter à tes amis ? Parce que c’est socialement valorisant de s’afficher dans cette ville sur les réseaux sociaux ?”

Un billet ouvert Wuppertal-Forest

BRIK, c’est aussi la perspective d’une transhumance : le but est d’amener le projet de ville en ville en formant une sorte de chaîne. Ainsi, Forest serait le deuxième maillon de la série de villes discrètes. “À Forest, nous voudrions proposer aux habitants le même type d’ateliers que ceux que nous avons menés à Wuppertal”, précise Antoine. Les quatre acolytes s’intéressent particulièrement aux villes post-industrielles que des initiatives citoyennes contribuent à régénérer.

Manchot

Si vous voyez un pingouin à l’entrée de l’exposition, pas d’inquiétude ! C’est simplement un hommage à la ville de Wuppertal qui a choisi cet oiseau comme mascotte. “Les villes recherchent parfois l’attractivité à tout prix, avec des moyens superficiels et dérisoires, à la manière de Mac Donald’s”. Jean et Antoine s’en amusent : “Ces figurines de plastique vieillissent, se démodent, deviennent franchement glauques et au final, entretiennent la dimension “seconde zone”.”

“Pour l’exposition au BRASS, nous présentons des vidéos, des photographies, des extraits de films, et nous restituons les données récoltées pendant nos ateliers à Wuppertal. C’est presque un travail de sociologue, sans l’objectivité ou la rigueur scientifique, avec la poésie comme principal outil.”