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Rencontre avec Audrey Lauro

musique | spectacle

Depuis deux ans, le BRASS accueille régulièrement les événements de I Will Play this Song Once Again Records, un label bruxellois qui affirme la volonté d’écouter la musique différemment, en réinventant un lien poétique entre le musicien et l’auditeur. Le 21 avril, ce label lance au BRASS la première édition du Delicate Music Festival : en utilisant le moins possible d’amplification du son, ce festival fait le pari du sensible, du ténu, de l’aérien, à contre-courant de l’agitation du divertissement collectif. La saxophoniste Audrey Lauro sera l’une des expérimentatrices à l’affiche de cette série de concerts, installations sonores et séances d’écoute.

Audrey Lauro a grandi au bord de la mer, du côté de Marseille, toujours les pieds dans l’eau. « Je nageais tout le temps et me lançais des défis pour pouvoir rester en apnée le plus longtemps possible. » Aujourd’hui, la saxophoniste attribue à cette fascination pour la maîtrise du souffle la révélation qu’elle a eue plus tard pour ce qui allait devenir son instrument.

 

Formée au conservatoire de Bruxelles puis de Liège (qui compte une classe d’improvisation libre par laquelle est passée une bonne partie de la scène jazz belge), Audrey est une mordue d’improvisation. « Ce que j’ai toujours aimé dans la musique, c’est de faire des propositions inattendues. Si certains musiciens sont complètement angoissés par l’inconnu, moi, ce sont les choses fixées à l’avance qui me frigorifient. »

 

Bien que l’improvisation fasse partie intégrante du jazz, on a aujourd’hui, selon Audrey, « cette image du papi jazz en pantoufles. Pourtant à l’époque, quand les grands musiciens comme Coltrane jouaient, c’était avec une formidable liberté. On a voulu institutionnaliser cette musique, on a mis trop d’école dans l’école buissonnière », regrette-t-elle.

« À quinze ans, je mettais des disques de Coltrane à fond et je jouais par-dessus. Je me contre-foutais de ce que je pouvais (ou pas) jouer. Je jouais.»

La pratique du saxophone par Audrey Lauro a la réputation de recourir à des sons très complexes : des performances techniquement difficiles à réaliser qui débouchent sur des matières sonores très subtiles. Un travail d’orfèvre de l’instrument. Alors, ce n’est pas par hasard si I Will Play This Song Once Again Records a pensé à elle.

 

Sa performance au BRASS mêlera l’improvisation live à la diffusion d’enregistrements de solos de saxophone retravaillés, redigérés. Audrey se reconnaît allègrement dans l’approche mise en avant par le Delicate Music Festival, où on ne vise pas à la profusion, où chaque élément musical est pesé.

 

« Je travaille sur des choses parfois très minimales, sur les souffles, sur des matières parfois à peine audibles. Il ne faut pas oublier que le silence est lui-même musical et qu’il architecture la façon dont les sons sont posés. » Pour autant, la finesse du jeu d’Audrey n’exclut pas les éclats. « J’oscille entre ces moments extrêmement délicats et des passages de lâcher-prise total, complètement volcaniques, presque sauvages. »
Nous voilà prévenus.