S'inscrire à notre newsletter

* champs requis
Intérêts
Scène musicale bruxelloise : effervescence et circuits courts

Conversation entre Gil Mortio et Quentin Velghe

musique

[2017] Récemment, le BRASS a rejoint Court-Circuit, une asbl qui se consacre à la mise en avant des musiciens émergents, en mettant en relation programmateurs et artistes, dans une logique de circuits courts. Membre du conseil d’administration de Court-Circuit, Gil Mortio est également musicien dans Joy As A Toy, qui était le capitaine de bord de la TRIPARTITE de décembre au BRASS. Il fait également partie des penseurs du Festival Francofaune, dont le BRASS a accueilli deux concerts en octobre. Conversation entre ce personnage multi-casquettes et Quentin Velghe, programmateur musical au BRASS.

Q.V. Tu viens du rock et de la musique contemporaine, tu es musicien, producteur de musique, membre de Court-Circuit, co-fondateur du FACIR (Fédération des auteurs-compositeurs et interprètes) ainsi que de la Troisième Épaule (structure de production et d’accompagnement artistique), mais tu es plus généralement dénicheur d’idées, voire même « agitateur cosmique » ?

 

G.M. “Agitateur cosmique”, c’est mon “titre” de collaborateur sur le festival bruxellois Francofaune. C’est-à-dire que je sers à penser les choses autrement, à tenter de libérer ce qui est emprisonné dans des concepts (ici, en l’occurrence les poncifs autour de la “Chanson”). Mais globalement, je me vois plutôt comme un orchestrateur… Je viens de le trouver hein ! (rires) Une sorte de John Barry zinneke par exemple, un type qui compose en n’oubliant jamais la dimension timbrale, l’organisation des sons comme dans un bon mix. Ici, il y a ces différents ingrédients à mixer, à organiser dans un tout fonctionnel : Francofaune, Court-Circuit, le FACIR, il y a des salles qui sortent des sentiers battus comme le BRASS et qui s’associent volontiers à d’autres acteurs du milieu… et puis il y a un groupe de rap là, qui voudrait faire des trucs symphoniques (par exemple). Qu’est-ce qu’on peut faire avec ça ? Comment peut-on mélanger les choses, faire des associations inattendues ? C’est mon job de réfléchir à ça.

 

Q.V. L’image de l’orchestrateur est une très belle image. Si on fait les choses dans son coin, si on garde ses oeillères, au final, ça ronronne. Dans ton cas, comme dans le nôtre au BRASS, l’idée est de rester inventif, y compris dans la programmation. Aujourd’hui, les catégories dans la musique volent en éclat. Beaucoup de gens sont ouverts à la découverte, à l’hybride. Toi, si tu devais décrire l’état de la scène belge/bruxelloise/francophone, aujourd’hui comment vois-tu les choses ? Comment définirais-tu la période ?

 

G.M. Je trouve que ça n’a jamais été aussi foisonnant et inventif. Le niveau a été multiplié par trois ou quatre en quinze ans surtout en Wallonie et à Bruxelles.
La plupart des groupes sortaient difficilement des poncifs et jouaient souvent comme des chaussettes, l’accent anglais était à hurler de rire, et au niveau du son, c’était vraiment aléatoire. Après, il y a des modes qui s’en viennent et s’en vont, on reste très perméable à la scène internationale, mais c’est une chouette époque en termes de diversité avec notamment un retour de l’usage du français. Paradoxalement, il y a moins de demande de la part du public ou plutôt, elle s’est diluée dans la multiplication des moyens de diffusion. Donc on doit trouver d’autres manières de diffuser la musique. Je pense que tous les lieux culturels doivent désormais penser les choses différemment : notamment, comment amener la musique là où les gens se trouvent ?

Dans tous les pâtés de maison, dans tous les quartiers, il y un meilleur guitariste du monde.

Q.V. C’est la question récurrente qui se pose au BRASS.

 

G.M. Je pense qu’on a tout à gagner à faire des petites formes. En musique, on n’a pas forcément besoin d’avoir des amplis de six méga watts pour être diffusé. Des concerts avec trois fois rien, c’est possible.

 

Q.V. Comme des concerts en appartement, dans les espaces publics, les tournées dans les homes… en créant des complicités avec des artistes qui sont en fait nos voisins…

 

G.M. Exactement. Et à l’heure actuelle, il y a une sorte de snobisme à programmer de l’international au détriment du local : si un Américain est en tournée, le Belge se fait facilement éjecter de la date. Pourtant il y a tellement de musiciens talentueux tout près de chez nous. En musique instrumentale folk pop moderne tu as Under the Reefs Orchestra par exemple. Under the Reefs Orchestra, c’est l’exemple typique de pourquoi ne pas aller chercher ailleurs ce que tu as chez toi.

 

Q.V. Ils joueront au BRASS en mars !

 

G.M. Eh bien, Under the Reefs sonne aussi bien, voire mieux, que n’importe quelle formation de la scène de Chicago. Mis à part que Clément Nourry, le fondateur du groupe, habite à cinq minutes du BRASS !