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JEUX DE FICELLES

▴ Entretien avec Zoë Mc Pherson

musique

[2017] Zoë Mc Pherson a joué pour la première fois au BRASS en 2014, dans le cadre du Lady Fest. C’était un de ses premiers concerts (alors sous le nom de Empty Taxi). Depuis, cette artiste touche-à-tout au passé de batteuse jazz a parcouru un étonnant chemin, s’emparant au passage de l’art vidéo et de la 3D pour créer un univers électronique immersif et hypnotique. Son album audiovisuel « String Figures » sortira le 3 mars. Le 15 février prochain, Zoë Mac Pherson présentera ce tout récent projet au BRASS, pour une soirée aux côté de Why The Eye?, qui appartient à sa famille musicale bruxelloise.

©Ulrieke Biets

Que peux-tu nous dire de ton nouveau projet, « String Figures » ?

Ça a commencé il y a un an et demi, quand j’ai eu l’idée de faire un album audiovisuel. L’aspect pluridisciplinaire m’intéresse beaucoup, j’ai toujours voulu mélanger l’image, le son et le mouvement et intégrer un aspect visuel au concert. Réfléchir au live, parce qu’en musique électronique, ça m’ennuie de voir des concerts avec une personne derrière un ordinateur, tu ne sais pas trop ce qu’elle fait. Avec Falk Schrauwen aux percussions, moi à la voix et machines et la réalisatrice Alessandra Leone en live VJ, on propose donc une performance audiovisuelle.

À quoi le titre, « String Figures » fait-il référence ?

C’est une obsession qui a commencé quand j’ai trouvé un vieux livre d’un ethnographe danois chez ma grand-mère, une personne avec qui j’avais une relation très spéciale : elle était artiste, rebelle, c’est je crois mon modèle. Elle a habité partout, voyagé toute sa vie. À partir de la découverte de ce livre, j’ai fait des recherches, beaucoup écouté et lu sur la musique et la culture inuit. J’ai remarqué que les Inuits avaient une pratique très développée des « string figures », c’est-à-dire des jeux de ficelles qu’on fait avec les doigts. Chez eux, c’est tellement complexe, ça en devient dément ! Ce jeu existe aussi en Australie, au Japon, en Amérique Latine… depuis une époque où les gens ne communiquaient même pas entre eux. J’ai trouvé ça fascinant, ça m’a beaucoup inspirée. Pour moi qui adore voyager, le côté rassembleur du thème était parfait. En plus de ça, le côté graphique, visuel ouvrait tout un champ de possibilités qui m’a amenée à introduire la chorégraphie.

Que racontes-tu à travers ce mélange de sons très contemporains, presque futuristes, avec des choses plus tribales, inspirées de civilisations millénaires ?

Je n’aime pas le mot « tribal », ça a quelque chose de post-colonial. Je dirais « organique », « naturel » ou « instrumental ». Je trouve en général passionnante la dualité entre l’ancien et le moderne, notamment l’organique et l’électronique, le respect des traditions et la technologie. Pour moi, c’est important de réfléchir à la question : qu’est-ce que les anciens nous transmettent ? En même temps, nous vivons en quelque sorte dans le futur, dans un monde où tout est connecté, c’est donc normal de penser à l’aspect digital.

Tu es franco-irlandaise, tu vis à Bruxelles mais tu passes beaucoup de temps à Berlin et ailleurs…

Oui, Berlin j’y suis souvent… C’est est une ville qui bouge, c’est normal : c’est énorme, je m’y ressource ! Bruxelles, c’est tout petit mais ça bouge énormément, et dans un sens, c’est peut être plus impressionnant? Ce que je trouve bizarre, c’est que Bruxelles ne soit pas plus connue (en général, et pour la musique). Ici la scène musicale est incroyable. En Belgique il y a un côté bordélique, sans identité claire, où les gens ne se mettent pas forcément en avant.

En dehors d’Alessandra, de Falk et de Ichi Go (pour la chorégraphie), qui d’autre t’entoure sur ce projet ?

L’album sort sur le label SVS. Ils sont entre Londres, Lisbonne et Munich, ils ont un super catalogue électronique. Cette dimension internationale correspond très bien à mon projet, car j’adore l’hybridité culturelle et dans le fond, je sais pas trop d’où je viens. « Tu viens d’où, tu es belge, tu es française, irlandaise du nord, anglaise ? » Je ne sais pas trop. Je n’ai pas le sentiment d’appartenir à une nationalité. On est européen quoi.

 

 

Zoë Mc Pherson – Inouï (and free) from Alessandra Leone on Vimeo.